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Little K : le carton à dessein

S’il a choisi le carton, c’est parce que l’époque était bling-bling. Jusqu’ alors pourtant, André Kim s’était lancé dans le monde des arts sur la base de la pâte Fimo. Il en sculptait de petits personnages collés dans la rue au hasard de ses voyages, sa version globe-trotteuse du street-art qui lui valut le nom d’artiste « Little K ».

C’est alors que dans le cadre d’un atelier pour petits curieux, il s’est interrogé sur cette fameuse notion de bling-bling (« on était sous l’ère Sarko »). De fil en aiguille, la conversation a dérivé sur les clips de rappeurs, exhibant grosses médailles et nanas sur capots de bagnoles ronflantes, tous signes extérieurs de richesses qu’ils ont fini par prendre à contre-pied. En utilisant un matériau pauvre.

En carton, les grosses bagouses ! En carton, les médailles clinquantes, chaînes rutilantes et autres quincailleries.

Basket et hamburger

« J’ai trouvé que cette démarche avait du sens, et j’ai décidé de l’appliquer à la culture hip-hop dont je suis assez adepte », raconte le jeune trentenaire. « Il faut se rappeler qu’à l’origine, le hip-hop est venu de rien, d’un type qui posait un bout de carton sur le bitume et qui se mettait à danser. Simple, quoi ! » Little K a donc poursuivi sa mutation du monde en carton, choisissant d’abord pour l’expérience des objets emblématiques de cette culture hip-hop dont il a été si friand, à commencer par une casquette à large visière, une basket, (« Adidas, la basket, comme celle que ne pouvais pas avoir quand j’étais môme »), un casque audio, une platine MK2 et même un poste audio ! Et tous, en leur nature même cartonnée, disent l’insoutenable vulnérabilité des choses.
« Aujourd’hui, on me connait pas mal sur ce thème du hip-hop, mais j’ai eu envie d’essayer d’autres univers, comme ces objets représentatifs de mon quotidien : la tasse de café, la baguette, le cornet de frites ou le hamburger. » En carton, en carton, en carton !
Ces objets intimes ne manqueront pas de figurer dans l’expo qu’il monte actuellement au Centre culturel Georges Pomp It Up, qui a donné carte blanche à l’artiste parisien pour investir les lieux à son gré. Cette liberté aurait pu le déstabiliser, mais il a fini par trouver matière à matérialiser un rêve impossible. Little K, qui s’était déjà sculpté un booster MBK (autrement dit un scooter), pour soigner une frustration d’adolescence, a cette fois élevé plus haut encore le défi : une navette spatiale.

Musique dans l’habitacle

Au beau milieu de l’espace du CCGP, un éphémère édifice s’élève déjà où le visiteur s’engouffre pour s’y émerveiller. Là, un tableau de bord multifacettes expose ses écrans, ses rangs de boutons, interrupteurs et complexes leviers, donnant l’illusion que la tour de contrôle s’apprête à commencer le décompte. Et comme si l’astronaute ne pouvait se suffire d’aller tutoyer les étoiles, dans l’habitacle se propose en guise de divertissement un imposant Ghetto Blaster, radio cassette typique des années 70-80. D’où, bien entendu, peuvent rugir les tout derniers ou vieux morceaux de hip-hop. Vous surprendra-t-on en vous précisant que l’ensemble… est en carton ?

Lysiane GANOUSSE

  • Article dans l’Est républicain
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